Écrire « Profite en bien » sans s, c’est ignorer une règle sonore qui s’impose aux verbes du premier groupe à l’impératif. La grammaire ne transige pas sur ce point : le fameux « s » n’apparaît qu’en présence de « en » ou « y », et jamais ailleurs. Voilà une subtilité qui, loin d’être anodine, continue de piéger bien des francophones, que ce soit dans un SMS à la hâte ou sous la plume d’un professionnel aguerri.
Pourquoi hésite-t-on entre « profite en bien » et « profites en bien » ?
Cette hésitation prend racine dans la conjugaison elle-même, à la croisée de l’impératif présent et du présent de l’indicatif. Pour « profiter », l’impératif à la deuxième personne du singulier se termine simplement par un « e » : « profite bien ». Pourtant, le réflexe du « s » persiste, probablement nourri par l’indicatif : « tu profites bien ». Deux constructions, deux usages, mais l’habitude brouille les pistes.
La grammaire française impose pourtant une distinction nette. À l’impératif, le « s » n’intervient que lorsque le verbe se retrouve devant « en » ou « y » : « profites-en bien ». Ce s, purement phonétique, répond à une contrainte de prononciation et non à une question d’accord. L’orthographe ne laisse aucune place à l’improvisation : « profites bien » n’a de sens qu’à l’indicatif, jamais à l’impératif sans pronom.
| Forme | Mode/Temps | Correct ? | Exemple |
|---|---|---|---|
| profite bien | impératif présent | Oui | Profite bien de tes vacances. |
| profites-en bien | impératif présent avec pronom | Oui | Profites-en bien. |
| profites bien | présent de l’indicatif | Oui | Tu profites bien de tes vacances. |
| profites bien (impératif) | impératif présent | Non | Erreur fréquente |
Cette confusion, loin d’être rare, vient souvent d’une analogie trop rapide avec le présent de l’indicatif. La ressemblance entre les formes et la proximité sonore brouillent la frontière. Pourtant, la langue exige précision : à l’impératif, seul le « e » l’emporte… sauf avec « en » ou « y » où le « s » s’ajoute pour des raisons de sonorité.
Des exemples concrets pour ne plus se tromper à l’écrit comme à l’oral
Voici comment distinguer simplement les cas de figure, que ce soit dans un message bienveillant, un mail professionnel ou à l’oral :
- Profite bien (impératif, sans pronom) : « Profite bien du week-end. »
- Profites-en bien (impératif, avec pronom) : « Profites-en bien, ce genre d’occasion ne se présente pas deux fois. »
- Tu profites bien (présent de l’indicatif) : « Tu profites bien de la situation. »
Chaque structure grammaticale a sa place. L’impératif sans pronom s’utilise pour encourager ou conseiller (« Profite bien de tes vacances. »). Lorsqu’un pronom comme « en » s’ajoute, le « s » euphonique s’impose (« Profites-en bien. »). Quant au présent de l’indicatif, il sert à décrire une situation ou une habitude (« Tu profites bien de la situation. »).
Dans la pratique, le choix de la forme dépend de l’intention. Un chef d’équipe qui insiste sur une opportunité dira volontiers : « Profites-en bien. » Entre amis, le classique « Profite bien » fait parfaitement l’affaire. Et si le contexte l’exige, d’autres formules sont possibles : « Savoure chaque instant », « Tirez-en parti », « Fais-en bon usage »… la nuance réside surtout dans l’adresse et la proximité.
La prochaine fois qu’une carte postale, un texto ou un mail vous pousse à écrire ce fameux « profites-en bien », le doute n’aura plus sa place. La règle, elle, trace une voie claire. Reste à l’emprunter, avec la certitude de viser juste à chaque fois.

